Le 100 % Santé, une affaire d’Etat

Le 100 % Santé ou encore reste-à-charge zéro (RAC 0) est LA mesure sociale de notre gouvernement. Sa mise en place a déjà commencé et se terminera début 2021.

L’objectif premier de cette réforme est de baisser le coût de la santé sur les postes fréquents (optique, dentaire et audio) qui reste élevé pour l’usager après l’intervention de la Sécurité Sociale et de la complémentaire santé. Cette réforme permet aux ménages les plus modestes d’avoir accès aux soins de base. En effet, des millions de Français renoncent actuellement à ce type de soins pour des raisons financières.

Une mise en place progressive de la réforme

Courant 2019, toutes les bases de remboursement de la Sécurité Sociale seront redéfinies et des prix limites de vente (PLV) pour l’audio et le dentaire seront mis en place. En 2020, tous les contrats des complémentaires santé devront être intégralement revus pour y intégrer les offres spécifiques « 100 % Santé ». La revalorisation des plafonds de remboursements et la mise en place des PLV se poursuivra encore en 2021.

Le déploiement du 100 % Santé s’opérera progressivement pour les dentistes, les audioprothésistes, les opticiens, les assureurs mais aussi la Sécurité Sociale.

Les Professionnels de Santé de l’audio et du dentaire ont déjà été appelés à réduire leurs PLV concernant certains soins au cours du premier semestre 2019. La Sécurité Sociale commence de son côté à augmenter progressivement les bases de remboursement pour les prothèses auditives.

Les complémentaires santé, si elles souhaitent maintenir la teneur responsable de leurs contrats, devront avoir mis à jour leurs offres au 1er janvier 2020.

Le ministère de la Santé reste vigilant à ce que les acteurs de la Santé n’augmentent pas les cotisations à la suite de la réforme. Cependant, de telles modifications amènent les organismes complémentaires, l’assurance maladie ou encore les professionnels de la Santé et les réseaux de soins à réfléchir aux impacts qu’aura sa mise en œuvre.  

Un chemin encore inconnu dont seuls les contours sont dessinés

La mise en place du « 100 % Santé » amène son lot de questionnements, notamment sur l’évaluation de son coût.

Premièrement, au sein des organismes d’assurances, le coût de la mise en conformité des produits prend déjà une part importante du budget. Le réglementaire produit a un impact sur l’ensemble des directions de l’entreprise : technique, IT, conformité, commercial, marketing & communication, gestion & opérations, etc.

Le deuxième effet pressenti est la standardisation des offres. Les attentes précises de la législation sur les offres 100 % Santé limitent la différentiation. Les acteurs de l’assurance se doivent donc d’être plus imaginatifs.

Cette différentiation peut aussi bien s’effectuer par le biais de services, mais aussi par la prévention. La prévention pourrait permettre de mieux maîtriser les dérives de la consommation et ainsi venir nuancer les indexations de portefeuilles.

La réforme impactera négativement l’usager. La conséquence première est liée à la hausse inéluctable des cotisations, qui seront d’autant plus importantes pour les travailleurs non-salariés. En effet, ils devront seuls assumer la hausse de ces cotisations, au contraire des salariés qui voient a minima 50 % de cette hausse absorbée par l’entreprise.

La qualité du service est aussi source de controverse. En effet, il peut sembler antinomique d’allier pour les Professionnels de Santé le maintien d’une qualité de service reconnue et des prix sans cesse tirés vers le bas.

Enfin, il semble légitime de se demander si le 100 % Santé est réellement à l’avantage de l’usager, ou s’il a vocation à pallier le désengagement progressif de la Sécurité Sociale. D’autres postes sont également dans le collimateur, tels que les médicaments bon marché ou encore les charges hospitalières pour lesquels un déremboursement est moins perceptible par l’assuré.

Des décisions stratégiques aux impacts multiples

Pour les organismes du secteur, tant assureurs, qu’institutions de prévoyance que mutuelles, une des convictions de R&B est qu’il est essentiel d’avoir une réflexion stratégique en amont de la mise en conformité.

Nous observons que face à ces inconnus, les acteurs de la santé semblent pour l’instant favoriser la prudence. Une stratégie « attentiste » qui diffère de celle adoptée lors de la création des contrats « ANI » et « responsables » il y a quelques années.

Au-delà d’être une nouvelle échéance règlementaire, la réforme 100 % Santé se doit d’être une occasion pour les acteurs du secteur d’avoir une démarche offensive et innovante.