Une meilleure santé grâce à la pratique du sport : tout le monde y gagne

Depuis début 2017, le sport fait désormais partie des traitements pouvant être prescrits par les médecins à leurs patients souffrant d'ALD en complément ou en remplacement des médicaments.

Le décret APA – Activité Physique Adaptée – de la loi de modernisation du système de santé en vigueur depuis début 2017, introduit une nouvelle dimension dans la thérapeutique : le sport fait désormais partie des traitements pouvant être prescrits par les médecins à leurs patients souffrant d’affections de longue durée, en complément ou en remplacement des médicaments. Si ce nouveau dispositif soulève des questions sur l'évolution du système de santé, il représente pour les assureurs l'opportunité d'explorer de nouvelles pistes pour la prévention sanitaire, et de diversifier leurs offres.

Le « sport sur ordonnance », ça marche comment ?

Depuis mars 2017, les médecins traitants peuvent désormais prescrire une activité physique à leurs patients souffrant d’affections de longue durée : cancer, diabète, maladie de parkinson, sclérose en plaque, maladies coronariennes, etc. Ces patients doivent ensuite se rapprocher de structures ou de professionnels du sport référencés par l’Agence Régionale de Santé et les services publics en charge de la santé, pour exercer l’activité physique prescrite, adaptée à leur pathologie.

En effet, de nombreuses études ont démontré les bienfaits du sport sur ces patients. A titre d’exemple, une pratique régulière d’activité physique permet de réduire de 30 à 40 % la mortalité d’une personne atteinte du cancer du sein, apporte une meilleure tolérance aux radios et chimiothérapies et diminue les risques de rechute.

Un soutien à l’évolution des pratiques thérapeutiques en France qui fait encore débat

S'il est assez largement partagé que le sport est une alternative crédible ou un complément solide aux médicaments dans certains traitements, il demeure un certain nombre de questions sur la mise en œuvre opérationnelle de sa pratique.

Tout d’abord, la loi telle qu’elle est bâtie aujourd’hui ne prévoit pas le remboursement par la sécurité sociale des activités physiques prescrites. Alors comment s’assurer que ce système ne sera pas à l’origine d’inégalités face aux soins, avec les moyens financiers comme discriminant ? Et les patients se voyant prescrire du sport, sont-ils suffisamment sensibilisés aux bénéfices de cette thérapeutique à laquelle nous sommes encore peu habitués en France ? En l’absence de dispositif public de financement de ces activités, l’état doit à minima mener des campagnes de sensibilisation qui permettront de convaincre tous les français des bénéfices du sport et la nécessité de suivre ces prescriptions de façon aussi rigoureuse que celles relatives aux médicaments.

Ensuite, on peut s’interroger sur la capacité des médecins à identifier et proposer la meilleure activité physique à pratiquer en fonction des pathologies des clients : des modules de formation en ligne ont été créés, mais suffisent-ils à alimenter les médecins généralistes sur ces connaissances enrichies au quotidien par la recherche et l’innovation ? Et existe-t-il un annuaire des activités physiques conseillées par type de pathologies ?

Malgré ces freins à la généralisation du sport sur ordonnance, cela reste tout de même une avancée importante pour la France en termes de pratique thérapeutique : le médicament n’est plus l’unique moyen de traitement des maladies graves.

La santé publique, un enjeu pour nous tous

Selon la dernière étude sur les habitudes alimentaires des français menée par l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation publiée en juin 2017, les français consomment trop de sel et pas assez de fibres par rapport aux recommandations nutritionnelles nationales, et sont de plus en plus sédentaires. Un cocktail dangereux pour la santé publique, qui favorise le développement de maladies cardio-vasculaires, le diabète et bien d’autres pathologies graves.

Le développement du « sport sur ordonnance » s’inscrit ainsi dans une dynamique plus générale portée par d’autres acteurs impliqués dans la santé publique : assureurs et collectivités misent également sur le sport, en préventif comme en curatif, pour répondre à différents enjeux.

Les municipalités participent à la santé publique

Certaines villes soutiennent la santé publique par le sport : c’est le cas de la ville de Strasbourg, qui a mis en place depuis 2012 un dispositif « Sport Santé ». Il a d’ailleurs largement inspiré le fonctionnement du sport sur ordonnance prévu dans le décret APA. La différence majeure est le financement des activités physiques : pour tous les traitements « sport » prescrits – trois ans au maximum – aucune participation financière n’est demandée aux patients la première année. Les deux années suivantes, le patient doit payer un tarif solidaire qui reste abordable par rapport aux coûts réels des prestations sportives spécialisées. En moins d’une année, des évolutions médicales positives ont été observées par le docteur Jehan Lecocq de l’Université de Strasbourg, comme une amélioration statistiquement significative du score de qualité de vie et du score d’activité physique ou une diminution de la proportion d’obèses chez les patients suivis.

Du côté des assureurs, on vise le préventif comme le curatif

Les compagnies d’assurance également ont pris conscience des bénéfices du sport sur la santé et de la nécessité de faire fonctionner au mieux ce tandem.

Les enjeux sont multiples pour ces acteurs : proposer une offre différenciante aux clients et promouvoir le sport dans une optique de prévention pour diminuer les coûts liés au remboursement des soins médicaux et à la dépendance. Bien sûr, l'impact sur le S/P reste à démontrer et le retour sur investissement de telles initiatives n'est pas évident à établir. Il n'en demeure pas moins que le nombre d'initiatives en la matière ne cessent de se multiplier, preuve que les assureurs y croient ou veulent à minima se forger une conviction.

Voici quelques exemples de dispositifs prévus par les assureurs :

  • AG2R La Mondiale propose aux entreprises appartenant à la Convention Collective Nationale du Commerce des Articles de Sport et Équipements de loisirs, un contrat santé collectif prévoyant la prise en charge de l’abonnement à un club de sport dans la limite de 40 à 60 € par an. La compagnie propose également le service « entreprise en forme » visant à sensibiliser les salariés à l’importance d’exercer une activité, et les doter d’outils pour évaluer leur forme physique.

  • La CNM Prévoyance Santé propose dans ses garanties complémentaires santé collectives et individuelles, le remboursement de la visite médicale sportive annuelle et une participation financière à l’adhésion à un club de sport pouvant aller jusqu’à 200 € par an.

  • Swisslife propose à tous ses assurés santé, en partenariat avec Siel Bleu, la prise en charge à 50% du coût d’un « bilan physique » à domicile, réalisé par un expert.

  • La CCMO Mutuelle prévoit dans les garanties de son contrat complémentaire santé Zeni’Or le remboursement de 10 séances de sport par an, entre 15 et 50 € par séance selon le niveau de garantie des adhérents.

Quelques offres complètent également le dispositif prévu par le décret APA, en remboursant certaines prestations autour du sport, en curatif. C’est le cas de la MAIF qui a développé en 2015 un partenariat avec la Mutuelle des Sportifs pour proposer à ses sociétaires victimes d’une ALD une garantie gratuite « Sport sur ordonnance », prenant en charge la consultation chez un médecin du sport et les frais d’inscription à une activité physique prescrite par ce médecin, à hauteur de 500 € par personne.

  • Les assureurs misent de plus en plus sur la carte de la prévention : on le voit à travers la multiplication des programmes comme Vitality de Generali récompensant l'engagement des salariés des entreprises en fonction de leur engagement, avec un accompagnement en continu, ou le succès d'acteurs comme Oscar aux Etats-Unis, proposant une approche de l'assurance santé basée sur le self-care et la prévention, combinés à l'utilisation des nouvelles technologies.
    On peut alors s’attendre à l'apparition de nouvelles offres de complémentaires santé permettant de palier la non prise en charge de la prescription d’activité physique par la sécurité sociale. Des offres packagées « sport santé » pourraient également voir le jour, incluant non seulement le remboursement de la pratique d’une activité physique, mais aussi la prise en charge d’objets connectés.*

Article rédigé par Pascale Roy-Ledoux, Consultante Sénior