Le système d'information, un levier d'optimisation de la gestion des évènements exceptionnels

Une succession d’évènements exceptionnels survenus ces dernières années vient mettre à mal le bilan financier des compagnies d’assurance et de réassurance. Les catastrophes naturelles en 2017 ont coûté cher aux assureurs. Les ouragans Harvey, Irma et Maria en Amérique du Nord et aux Antilles, puis les séismes à Mexico se chiffrent à 95 milliards de dollars. Cela représente près de 81 milliards d’euros pour le marché privé de l’assurance, a estimé le réassureur français Scor le 9 octobre 2017.

Dans ce contexte, la performance dans la gestion des sinistres est d’autant plus importante pour les assureurs. Pour maîtriser les coûts de gestion de ces évènements de grande ampleur, les investissements informatiques sont un levier incontournable.

Le présent article vous propose de réaliser un zoom sur les enjeux financiers liés à ces évènements et sur la valeur ajoutée de l’informatique pour optimiser la performance de gestion.

Une complexité de gestion qui induit des pertes financières

L’enjeu financier relatif aux évènements exceptionnels est majeur : l’année 2016 restera marquée par une recrudescence des catastrophes naturelles. Près de 750 évènements (inondations, tempêtes, ouragans, séismes…) ont été recensés au niveau mondial, contre 730 en 2015, pour un montant de dommages de l’ordre de 175 milliards de dollars (environ 167 milliards d’euros). Un chiffre en progression de près de 70% par rapport en 2015. Ces pics de sinistralité hors normes peuvent menacer le bilan financier des assureurs. C’est pourquoi ces risques font l’objet de traités de réassurance, afin de partager la prise en charge des sinistres.

En plus du montant des dommages liés à ces évènements climatiques, les assureurs doivent également absorber des pertes financières liées à des erreurs de gestion. Un sinistre est rattaché à un évènement exceptionnel s’il s’inscrit dans un certain nombre de critères qualifiants : période temporelle, lieu de survenance, nature du sinistre. L’identification du périmètre des dégâts engendrés par un évènement peut s’avérer difficile et certains sinistres sont parfois « oubliés », c’est-à-dire qu’ils ne sont pas cédés au réassureur car non identifiés comme étant consécutifs à cet évènement. Par conséquent, ces sinistres restent donc à la charge de l’assureur !

Sur le marché français, certaines compagnies d’assurance enregistrent une perte annuelle de l’ordre de la dizaine de millions d’euros en raison des sinistres que l’on a « oublié » de céder au réassureur. Plusieurs cas peuvent être à l’origine de ces écueils :

  • Un lieu de survenance du sinistre déclaré à la frontière de la zone qualifiant l’évènement ;
  • La date de déclaration du sinistre prise en compte au lieu de la date réelle du sinistre ;
  • Une mauvaise interprétation des causes du sinistre : un bris de glace sur une voiture lié à du vandalisme alors qu’il s’agit des dégâts d’une tempête.

A ce titre, la définition du périmètre des évènements représente donc un enjeu majeur.

Le système d’information, un moyen de limiter ces pertes financières en fiabilisant le périmètre des sinistres cédés aux réassureurs…

Afin de fiabiliser le périmètre des évènements, les assureurs mettent l’accent sur la formation des gestionnaires sinistres afin qu’ils soient à même de qualifier correctement les sinistres et de les rattacher aux bons évènements. Par ailleurs, des cellules de crise dédiées sont déployées pour absorber les pics de charge liés à la gestion d’un grand nombre de sinistres. Enfin, une meilleure surveillance des alertes météo est mise en place pour anticiper la survenance des évènements climatiques et faire preuve de réactivité.

Mais en cas de volume de sinistres particulièrement important, ces actions ne sont pas suffisantes. En complément, des contrôles automatisés sont nécessaires afin de fiabiliser le périmètre des sinistres cédés au réassureur.

L’informatique permet une aide à la décision voire une automatisation des actes de gestion : le système rattache un sinistre à un évènement, ou suggère son rattachement si leurs caractéristiques respectives sont similaires : date et lieu de survenance, nature (tempête, tremblement de terre, attentat, catastrophe technologique,…).

Outre la fiabilisation du périmètre cédé au réassureur, l’informatique permet également de réduire l’effort de gestion des évènements exceptionnels.

... et d'optimiser la productivité de la gestion

La décision de rattachement d’un sinistre à un évènement nécessite une analyse parfois consommatrice en temps. Pour gagner en productivité, il est possible d’implémenter dans les systèmes de gestion les règles de rattachement entre sinistres et évènement. Cela permet d’accélérer la prise de décision du gestionnaire sinistre.

A titre d’exemple, les pillages de maisons ou les accidents corporels consécutifs à une tempête ne sont pas cessibles au traité tempête. En revanche, si les incendies ne sont en général pas cessibles au traité tempête, l’incendie d’une maison faisant suite à la chute d’une ligne électrique provoquée par une tempête est quant à lui bel et bien cessible ! Certains cas de gestion nécessitent une analyse qui n’est pas toujours triviale…

Le gain en productivité profite aux gestionnaires sinistres, mais également aux équipes en charge de l’activité de réassurance. Avant de céder les sinistres au réassureur, ces équipes doivent fiabiliser le périmètre de l‘évènement pour rectifier d’éventuelles erreurs de rattachement commises par les équipes de gestion. Cette charge de retraitement des données (vérifications manuelles, requêtes, études statistiques, …) est réduite en raison de la fiabilisation des données réalisée en amont par le système d’information.

L’amélioration de la gestion des évènements exceptionnels demeure un formidable levier de réduction des coûts de gestion des sinistres. Les assureurs, s’ils ne l’ont pas déjà fait, ont tout intérêt à investir dans l’évolution de leur système d’information pour obtenir des gains financiers, mais pour également assurer leur mise en conformité au regard des exigences de qualité des données requises par Solvabilité II.

Ecrit par Sofiane Sahraoui, Manager